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Ne le : 14/08/1955

Comment a-t-on pu laisser mourir à petit feu l’Ecole Supérieure de Commerce de Saint-Etienne?

Derniere edition le : 20/09/2014

 

« Encourager l’esprit d’entreprise en créant une fondation destinée aux jeunes entrepreneurs issus de l’enseignement supérieur stéphanois et s’installant sur notre territoire »

 

Si cette promesse du maire de Saint-Etienne est on ne peut plus louable et son application souhaitable, à la lecture des réflexions qui suivent il apparait que l’urgence est de redonner « une légitime dimension » à tout ou partie de l’enseignement supérieur stéphanois.

 

En nous livrant son regard critique et désabusé d’ancien élève de l’Ecole Supérieure de Commerce de Saint-Etienne, l’auteur des lignes qui suivent pointe d’un doigt sévère les faiblesses d’une école qui a perdu ses perspectives et ses ambitions.

 

Dans ces conditions il parait difficile d’envisager que les étudiants sortant diplômés d’un enseignement « au rabais » soient effleurés par l’idée de créer une entreprise qui plus est dans une ville à l’économie sinon décadente, au moins vacillante.

 

 

« Avez-vous déjà ressenti ce sentiment de « nostalgie dramatique » en retournant sur un lieu autrefois plein de vie et aujourd’hui tellement vide qu’il en serait presqu’effrayant ?

 

Cela m’est arrivé 3 fois dans ma vie…

 

La première fois, c’est lorsque je suis retourné sur les traces de mon enfance charentaise, dans un village proche de La Rochelle. J’ai alors parcouru le chemin qui me menait tous les matins à l’école…

Les maisonnettes hébergeant les instituteurs de l’époque avaient les volets clos depuis 25 ans… La ferme où j’aimais gambader avec mon frère et ma sœur n’existait plus… Les terrains de basket où nous jouions à la sortie de l’école n’étaient plus qu’une immense étendue de goudron sablonneux usé par le temps … Cela sonnait tellement creux que j’ai presqu’eu peur… Mes idéaux d’hier, mes

joies passées me semblaient tellement lointaines que je croyais qu’elles n’avaient jamais existées. Et pourtant…

 

La seconde fois est beaucoup plus récente. J’ai rendu visite à une société de distribution de matériel de fitness qui, il y a encore 5 ou 6 ans, était considérée comme une formidable « succes story » : résultats exceptionnels, croissance à 2 chiffres, voire à 3 chiffres ( !!!), des locaux bondés de salariés, commerciaux, assistants, des budgets « R&D » importants, des publicités dans les plus grands

magazines nationaux et sur les chaines privées les plus renommées…. Et lors de cette visite, j’ai découvert un « no man’s land » hallucinant : une société en pleine déconfiture, plus de commerciaux, plus de téléprospectrices, de veilles campagnes de publicité jamais parues… Pour une mise en liquidation judiciaire intervenant 3 mois après…

 

 

 

 

 

 

 

La troisième fois, c’était hier… Avant-hier plus exactement… Je suis allé rendre visite à quelques amis travaillant à l’ESC Saint-Etienne… Et quelle stupeur de constater une école fantôme… sans vie… sans passion… sans énergie… Il y a 10 ans, les promotions « Sup de Co » accueillaient 130 à 180 élèves…

L’école était en expansion. Bien sûr ce n’était pas HEC, l’ESCP ou l’EM de Lyon. Mais cela devenait une bonne Sup de Co de Province, avec de belles perspectives, des innovations intéressantes… 10 ans après, le programme Sup de Co disparait… le nombre d’élèves chute inexorablement… les perspectives ont disparu…

 

Tout ce monologue pour quoi alors ?

 

Parce qu’entre ces 3 histoires, il y a un point commun saisissant : le succès et l’énergie d’hier ont cédé leur place à la morosité et le déclin d’aujourd’hui…

Et la raison est à chaque fois la même : un manque d’anticipation, d’évolution, de prises de décisions.

 

Et l’excuse est à chaque fois la même : la crise ou l’évolution de l’économie….

Ah ! Cette foutue crise ! C’est pire que la peste ou le choléra… Tellement facile de se cacher derrière ça pour expliquer l’inexplicable. Alors oui, la crise est bien réelle. Oui la situation n économique a bien changé ces dernières années. Mais n’est-il pas aussi exact que les étudiants peuvent beaucoup plus facilement emprunter depuis quelques temps grâce à des partenariats avec les banques ? N’est-il pas exact que le tissu de PME ligériennes reste très dense ? N’est-il pas exact qu’il existe des secteurs d’activités porteurs sur lesquels se positionner ? Et notamment l’entreprenariat ?

 

Alors, expliquez-moi une chose, une seule… Comment a-t-on pu laisser mourir à petit feu une Ecole Supérieure de Commerce ? Comment personne (politiques, élus, encadrement) n’a réagi alors que depuis 4 ou 5 ans, des signaux d’alerte étaient clairement visibles ?

 

Je finirai par une dernière petite histoire : à la fin des années 70, l’Australie, pays neuf et à l’histoire contemporaine peu réjouissante (ancienne « prison » du Commonwealth, massacre des Aborigènes…) s’est posée une question MAJEURE : compte tenu de notre histoire très récente, de notre position géographique et de nos caractéristiques « géologiques » et « démographiques », comment pouvons-nous briller sur la scène internationale ?

Et la réponse fut aussi « brutale » qu’efficace : briller aux yeux du monde dans le domaine du sport, des sports…

Résultat : pour leurs Jeux Olympiques, en 2000, l’Australie gagne 52 médailles et brille aux yeux du monde… (pour information, la France en a gagné 37).

Les Australiens ont compris que, pour briller sur la scène internationale, cela ne servait à rien de rivaliser dans le domaine artistique, littéraire ou historique, leur « genèse » étant bien trop contemporaine pour cela.

 

Vous aurez compris l’analogie qui aurait pu être faite avec l’histoire du sport australien : au lieu de vouloir se battre sur le terrain des grandes écoles, pourquoi l’ESC Saint-Etienne n’a-t-elle pas choisi de se construire son « modèle australien » ? Il était évident que l’ESC Saint-Etienne ne serait jamais l’égale de l’EM de Lyon, de l’EDHEC, de EM de Grenoble ou de l’ESC Toulouse. Il fallait se démarquer, il fallait mettre de l’énergie et des moyens dans un secteur « innovant » et porteur…. Il fallait persévérer sur la voie de l’entreprenariat pourtant initiée mais hélas abandonnée…

 

La France a besoin d’entrepreneurs… Saint-Etienne se devait d’être le berceau de l’entreprenariat des Sup de Co…. Saint-Etienne sera très bientôt un campus de l’EM de Lyon… Je n’ai rien contre l’EM Lyon… Je respecte profondément cette école que je n’aurais par ailleurs jamais pu intégrer… Je n’ai rien contre les Lyonnais, étant un charentais élevé à la sauce auvergnate et habitant aujourd’hui à Grenoble. J’ai simplement aimé Saint-Etienne… J’ai aimé Sup de Co Saint-Etienne… Et pour avoir un partie de mon activité professionnelle à Saint-Etienne et dans la Loire, je suis chaque jour un peu plus inquiet (pour ne pas dire terrorisé) de voir le déclin de cette ville à l’histoire riche et aux valeurs passées fortes… Tout le contraire de l’Australie à la fin des années 70…

 

CQFD»

 

Jean-Marc PUGET

Novembre 2013

 

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